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PORTRAIT

ÉLISE & MARTIN HENNEBICQUE ne sont pas des néo-ruraux. Rejoindre les terres d’Élise en s’installant à Conty, à 20 kilomètres d’Amiens, a moins à voir avec l’expérimentation d’un idéal de vie à la campagne qu’avec le désir de cultiver leurs aspirations conceptuelles. Dans la Somme, ils ont trouvé le lieu parfait pour affiner une pratique du projet sur-mesure : un jardin. « L’agence, Autocad et Photoshop nous coupent du terrain. Or nous avons besoin de vivre avec un site », racontent Élise et Martin. Dans leur parcelle, l’herbe pousse plus vite que dans un appel d’offre public. Ils taillent, tondent, testent les essences qui garniront leur palette végétale. Dans le même temps, ils s’apprivoisent en tant que créateurs. Les parcours enherbés structurant les lieux témoignent des anciens sillons qui traversaient la parcelle. Paillis et tonte de gazon préservent l’humidité de la terre. Les grandes lignes posées et les premières plantes installées, ils ont choisi de se laisser surprendre par le vivant, les fleurs imprévues, les arches créées par des branches courbées. Ainsi, ils remodèlent leur jardin en réaction à sa saisonnalité, sans plan de gestion. Dessin versus sécateur, modelage topographique versus laisser-faire organique, c’est sur ces oppositions qu’Élise et Martin fabriquent leurs projets. Leurs plans sont taillés à la serpe mais plutôt que d’y caler les plantations au millimètre près, ils se réservent la mise en place sur site pour réagir à l’inattendu. Ils aiment le chantier pour le risque qu’il fait encourir au projet. Aux hortillonnages d’Amiens, ils ont sculpté un paysage à partir de 200 m3 de limon excavé, puis observé la reprise des végétaux. Le résultat est tellement naturaliste que certains visiteurs passent à côté. Cette manière de cultiver le sauvage que maîtrise Dan Pearson ou qu’avait Pascal Cribier les fascine. Élise et Martin savent que s’ils veulent faire valoir leurs savoir-faire de concepteurs leurs traits doivent davantage s’affirmer. Malgré tout, ils revendiquent l’impression de déjà-là, détestent la décoration, surtout dans les jardins patrimoniaux dont ils se font une spécialité. Pour son diplôme, Martin s’est attaqué à un haut lieu de la culture architecturale, l’abbaye du Thoronet. Il a sillonné la garrigue à la recherche d’indices sur l’histoire du territoire, notamment les anciennes mines de bauxite. Pour sa part, Élise a travaillé sur un site gallo-romain enfoui sous des terres agricoles. Les deux ont abouti à des projets doux et légers, qui ne tranchent pas avec l’image actuelle de ces paysages mais garantissent leurs évolutions. « Un beau jardin est un lieu intemporel ».

Élise (1984) et Martin (1989) Hennebicque sont diplômés de l’École nationale supérieure de la nature et du paysage de Blois en 2010 et 2013. Ils s’installent en 2014 dans la Somme et s’associent en 2016. Élise est titulaire d’un master « jardins historiques, patrimoine, paysage », obtenu à l’École nationale supérieure de paysage de Versailles en 2013.

Portrait rédigé par Margaux Darrieus pour le Ministère de la Culture, 2018

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